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Les Compagnons de l'Ombre 27

17.01.2021

Avec ce vingt-septième volume d’une série parmi les plus tenaces des littératures de l’imaginaire, les héros mis en scène accuseront-ils un coup de fatigue, un peu comme une partie de l’humanité en cette pandémique année 2020 ? On pourrait le penser à la lecture des premières nouvelles.

« La diplomatie des vampires » de Frank Schildiner, présente en effet le fameux trio vampirique d’Entretien avec un vampire en mauvaise posture, puisque Lestat se voit damer le pion par un humain ; pas n’importe lequel toutefois, puisqu’il s’agit de Jean-Baptiste Séverin, personnage de Paul Féval et héros de la trilogie de Schildiner Les Chasseurs de vampires de Napoléon. Le contexte plus général, celui de la vente de la Louisiane aux jeunes Etats-Unis, passe ici au second plan. De même, dans « Une vie de pirate », de Travis Hiltz, c’est un Nemo usé que l’on découvre, au crépuscule de sa vie. La vedette appartient ici au détective Eric Palmer (de Paul Féval, mais fils cette fois), chargé de mener l’enquête sur le meurtre d’un important pirate. Le cadre est en effet celui d’une réunion de pirates, où se côtoient aussi bien Robur que le capitaine Crochet, sans oublier un capitaine à la barbe noire encore jeune mais déjà alcoolique…

Mais de fatigue, il n’est clairement plus question dans « Les singuliers chats de la mer des rêves », signé Matthew Baugh. Dans une optique très actuelle, les personnages principaux sont en effet exclusivement des femmes, parmi lesquelles la magicienne Palmyre et l’auteure elle-même du roman Baal (réédité chez Rivière blanche), Renée Dunan. Tout ce beau monde se retrouve dans un univers pour lequel j’avoue une inclinaison particulière, les contrées du rêve de Lovecraft. Nul autre que Randolph Carter sert d’ailleurs de guide – temporaire – à ce groupe féminin, qui bénéficiera d’ailleurs de l’apport physique d’un guerrier tout droit venu de la préhistoire. Voilà une histoire comme on les aime, rythmée, amusante (le chat du rabbin de Joann Sfar y fait même une apparition !) et efficace.

De femme forte, il est également question dans « L’œil du faucon », de John Peel. Doc Ardan, invité en Afrique noire pour tenter de percer le mystère de la disparition du Docteur Oméga, se voit ainsi voler la vedette par lady Clayton, alias Jane. Au point d’ailleurs que sans elle, les mâles de service auraient été bien en peine de se sortir d’une situation délicate ! Ce qui rend cette nouvelle encore meilleure, c’est aussi les « méchants » qui évitent de tomber dans des archétypes. « La pierre de Salomon », de David L. Vineyard, est plus classique, dans son évocation d’une cérémonie occulte impliquant quelques célébrités, avec un dénouement mettant en vedette une figure tutélaire des Compagnons…

« Celui qui vit dans les ténèbres », de Matthew Dennion, met en scène ce personnage que l’auteur affectionne par-dessus tous, le colonel Bozzo-Corona, légendaire maître des Habits noirs de Paul Féval. L’originalité de ce nouveau récit tient à la rencontre du symbole même du mal avec Darkman, le héros du film éponyme de Sam Raimi. Nigel Malcolm, lui, poursuit son évocation d’un Nyctalope plongé dans une dystopie future. Après « Les lendemains du Nyctalope » (tome 25) et « Ennemis du peuple » (tome 26), voici donc « Idiots utiles », où Léo Saint-Clair, épaulé par Sexton Blake, est confronté à un autre personnage de légende issu d’un lointain passé. Là encore, un texte recommandable de par son parti pris très personnel.

Enfin, Les Compagnons de l’ombre 27ème du nom se clôt par un excellent pied de nez, une nouvelle qui démultiplie le principe de la mise en abyme. Artikel Unbekannt joue en effet, avec ses « Travaux forcés », sur les identités de Pierre-Alexis Orloff (auteur de Panthéra, une série maison), Brice Tarvel, Michel Pagel… et Bob Morane. Une superbe conclusion !

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