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Extinctions

20.08.2020

Extinctions est déjà le deuxième livre de Catherine Robert paru chez Rivière Blanche, le premier étant Thanathéros. Il se compose de deux courts romans : La Faim du monde et Greta. Le premier est 100 % inédit, le second avait été édité chez TRASH en 2015, mais l’auteure y a apporté des modifications pour la présente édition.

Avec La Faim du monde, Catherine revisite à sa sauce le sous-genre du récit de zombies post-apo. « À sa sauce », c’est-à-dire version sexo-gore, pour faire simple. Le récit s’ouvre sur un prologue se situant au moment où le monde s’apprête à basculer irrémédiablement. Un vétérinaire, retenu très tard par son travail, rentre enfin chez lui, impatient de retrouver son épouse. Sauf que ce qu’il trouve chez lui, ce n’est plus sa femme… On entre donc dans l’histoire par la porte intimiste, avant de faire un bond en avant dans le temps et de se retrouver dans un monde où la civilisation s’est écroulée, où l’apocalypse zombie a eu lieu plusieurs années auparavant. On fait progressivement la connaissance de divers personnages, dont les parcours vont forcément se croiser à un moment ou l’autre : Sam, qui attend famille, Jordan, qui est l’un des esclaves sexuels de la « forteresse » (on notera que pour une fois, ce genre de rôle n’est pas dévolu à un personnage féminin… le problème étant précisément le manque de femmes parmi les survivants), Yefim, le dictateur de la communauté qui vit dans la citadelle, le révérend, son bras droit, Aymeric, le déficient mental au physique de grosse brute, et Antoine, le jeune garçon. L’action se déroule dans la forteresse et dans les campagnes environnantes. Comme dans les autres romans de Catherine Robert, on retrouve l’idée du pouvoir autoritaire déshumanisant (l’exemple le plus flagrant étant les jeunes gays qui sont réduits à la seule fonction d’objets sexuels, que cela leur plaise ou non, afin de canaliser l’énergie libidinale des habitants de la micro-cité sous le joug de Yefim), pouvoir auquel sont couplées toutes les perversions possibles : le « truc » de l’un est le viol des zombies femelles, tandis que le « truc de l’autre est la pédophilie, pour ne parler que de ces déviances les plus évidentes. Ce qui démarque La Faim du monde des très nombreux autres histoires de zombies, c’est, outre sa galerie de personnages, cette façon qu’a l’auteure de pousser loin le curseur de la crudité dans le mélange cul + gore. Voici un extrait significatif de l’intriquement de ses deux aspects :
« Jouant du bassin en mouvements brusques, il suivit la cadence des mâchoires. À chaque plongée de tête d’un des deux zombies, son phallus cognait contre le fond du vagin de sa partenaire. C’était bon. Quand elles accéléraient, il faisait pareil, quand elles ralentissaient, il diminuait la vitesse de son coït. Les incisives accomplissaient un travail phénoménal, certains os étaient maintenant à nu. Du côlon, il ne restait plus rien, et l’estomac avait suivi le même chemin – celui de l’œsophage affamé d’une des convives du jour. La victime hurlait toujours, mais ses cris faiblissaient » (p. 93).

Au fond, le seul point frustrant dans ce récit, c’est sa trop courte durée. Entendons-nous bien : point n’est besoin de faire un interminable cycle zombiesque avec le postulat de La Faim du monde, mais c’est juste qu’on arrive à la dernière page avec un sentiment que cela se termine trop abruptement, qu’il aurait fallu quelques chapitres en plus afin d’arriver à un certain point d’équilibre narratif tout à fait satisfaisant.

Concernant Greta, je ne m’attarderai pas dessus, ayant déjà parlé de ce récit auparavant (voir la postface de Dimension Trash, également paru chez Rivière Blanche, ou par ici : https://ultragore.leforum.eu/t932-Dossier-sp-cial-TRASH-DITIONS-interview-critiques.htm). Je préciserai juste que ce qui diverge de la première édition – pour ce que j’ai pu repérer, en tout cas – se situe vers la fin. La confrontation finale est bien conservée (avec les mêmes terribles mots qui clôturent le roman), mais avant celle-ci, tout un épisode a été ajouté. Celui-ci apporte une dimension supplémentaire intéressante sur le plan du rapport du personnage principal à ses chairs, sans cesse malmenées – cela va sans dire –, et est l’occasion par-là de monter encore d’un cran dans la perversité (hé oui, contre toute attente, c’était possible d’aller encore plus loin !). L’instant d’une « scène », on se croirait plongé dans A Serbian Film. Oui, quand je vous dis que Catherine Robert ne fait pas dans la dentelle !

Âmes sensibles, s’abstenir !

Pour terminer, un petit mot sur l’illustration de couverture : signée Daniele Serra, elle est fort belle et interpelle à merveille l’amateur de littérature horrifique très sombre. De nos jours, c'est moins souvent le cas qu'à une certaine époque, je tenais donc à le souligner.

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