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Holocauste

26.01.2020

Le monde s’est effondré. Il aura suffi d’une gigantesque panne des moyens de communication et d’une pandémie particulièrement virulente pour mettre à bas les sociétés. Sur une Terre en proie à la violence et aux exactions, Olivia, Sylvain, Jean et quelques autres, tentent de continuer à vivre.

Depuis une dizaine d’années, le post-apo est à la mode. On en trouve absolument partout, dans les romans de SF comme en littérature générale. On l’utilise pour spéculer sur les dérives de nos sociétés, pour mettre en scène les peurs de notre époque ou tout simplement pour s’éclater avec du zombie putride et des péquins libérés de toutes contraintes. Bref, il est assaisonné à toutes les sauces, et pas que des plus digestes.

Le roman de Christophe Siebert, lui, ne délivre aucun message. Il n'adresse aucune mise en garde ou critique sur notre mode de vie. Ce n’est pas non plus une énième histoire de survivance et de reconstruction. Pour autant il offre matière à réflexion en se penchant sur nos réactions face à l’effondrement des sociétés, des cultures, de la civilisation. Car ce qui intéresse l’auteur ce ne sont pas les causes mais les effets. C'est la façon dont les hommes et les femmes se comportent face à la perte de leurs repères et des béquilles sociales sur lesquelles ils sont accoutumés à se reposer. Le pourquoi de cet effondrement est d’ailleurs assez vite évacué : apocalypse sociale liée à la disparition des moyens de communication (internet, téléphonie, TV…) puis pandémie surpuissante, très vite, la messe est dite. La population mondiale est réduite à peau de chagrin et les rares survivants, groggys, ont perdu l’envie de se battre pour leur existence.

En dehors du personnage d’Olivia qui sert un peu de fil rouge et dont les apparitions illustrent les différents aspects de la catastrophe et les réactions les plus courantes qu’elle suscite (violence, résignation, solitude, mysticisme…), les autres acteurs du drame ne font que passer. Pas le temps de s’attacher. A peine apparus qu’ils disparaissent déjà, victimes de la folie ambiante. D’ailleurs, le roman se présente comme une succession de saynètes qui nous montrent la soudaineté et l’ampleur du naufrage social. Deux chapitres un peu plus longs que les autres viennent illustrer ce passage rapide de l’homme civilisé à la bête sauvage, de la société organisée au règne du chacun pour soi. On suit ainsi un homme qui essaie d’obtenir justice pour le viol et le meurtre de son épouse puis les efforts d’un policier parisien qui tente de maintenir un semblant de justice dans une capitale livrée au mal et à la corruption. Bien entendu, l’un et l’autre échoueront.

Les descriptions de l'apocalypse selon Saint Siebert sont crues. Celles et ceux qui ont déjà lu l’un de ses ouvrages savent à quoi s'en tenir. Pour autant il ne fait pas dans la surenchère gratuite. Les images qu’il suscite sont plus cliniques que véritablement gore, simple constat d'une réalité insupportable. Une émeute dans un quartier urbain, une salle d’hôpital transformée en mouroir pour pestiférés, des meurtres et des viols, des assassinats de masse, la liste est longue des avanies que l’homme peut faire subir à ses semblables pour assurer sa propre survie, pour dominer, pour se distraire… Et devant tant de douleur, de bêtise et de cruauté, on en vient à se demander s’il faut louer le génie créatif de l'homme ou au contraire se réjouir de voir disparaître une espèce abominablement égoïste qui représente une menace mortelle pour elle-même et pour son environnement tant sont grandes sa capacité de nuisance et sa propension à l’autodestruction.

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