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Le Seigneur des Mouches

02.12.2020

Du haut de ce recueil, quarante ans d’écriture vous attendent !

Patrick Eris, je l’ai connu par romans interposés, quand il était encore toute jeune (et moi aussi), signant quelques romans au Fleuve Noir dans les collections Anticipation et Espionnage du Fleuve Noir. Il signait alors sous le pseudonyme de Samuel Dharma. Dharma qui signifie selon les spiritualités et religions indiennes l'ensemble des normes et lois, sociales, politiques, familiales, personnelles, naturelles ou cosmiques.

Des litres d’encre plus tard, je l’ai retrouvé signant de son nom, Thomas Bauduret, des traductions et des romans sous le pseudonyme collectif de Jeffrey Lord. Puis pour des nouvelles et des romans sous son nouveau pseudonyme de Patrick Eris, des ouvrages intéressants pour ne pas dire remarquables, chez des éditeurs divers qui peu après disparaissaient, et qui ne lui offrirent pas la reconnaissance littéraire qu’il méritait auprès des critiques spécialisés ayant pignon sur rue.

Mais c’est le lot de nombreux auteurs qui œuvrent en silence avec talent mais auxquels la notoriété ne veut pas tenir compte, alors que de nombreux pisse-copies s’étalent sans vergogne sur les étals des librairies, portés par des éditeurs plus riches et plus influents.

Malgré tout, Patrick Eris, continue son chemin, de croix (?) sans barguigner, offrant des textes à quelques fidèles qui un jour ne seront plus seuls à reconnaître ses mérites.

C’est un auteur ainsi qu’un traducteur et un éditeur exigeant, et en compagnie de son ami Christophe Thill a créé les éditions Malpertuis qui publient peu mais bien, donnant souvent leur chance à de nouvelles plumes.

Nous sommes loin de ce recueil j’en conviens, car théoriquement l’objet de cette chronique est de présenter cet ouvrage. Mais il me semblait indispensable que ces prolégomènes soient rédigés afin de mieux discerner l’auteur de ces nouvelles, parfois des rééditions de textes publiés dans des fanzines méconnus, parfois inédites.

Loin de moi l’idée ou l’envie de tout vous disséquer mais je vous invite à vous pencher sur les inédits, ces perles que l’on écrit parfois pour soi et que l’on exhume sous la pression d’amis bienveillants, mais également sur quelques textes confinés dans des revues, hélas, défuntes.

L’angoisse, la peur, le fantastique, l’uchronie, la sociologie, la violence urbaine, autant de thèmes abordés à travers près de quarante ans d’écriture, et l’on se rend compte que dès ses débuts, avec Enfer au ralenti et A chacun sa nuit, Patrick Eris maîtrisait son écriture et ses sujets. Il porte un regard incisif sur des sujets actuels, tout en les enveloppant dans une atmosphère qui les inscrit dans une autre dimension et leur confère une aura intemporelle.

Entre ces nouvelles sont intercalés des entractes, des interludes au doux nom de Chroniques de la zone interdite qui défilent comme dans les années 1960, à la télévision, le Petit train rébus de Maurice Bruno. Des petits textes de trois lignes ou plus, qui pour la plupart lorgnent vers La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède alias Pierre Desproges. Des aphorismes, des pensées, des réflexions, des embryons de scénario, et autres. Parmi ces 38 textes, j’en ai relevé un qui donne à réfléchir. Certains mots choquent une frange féminine obsédée par le harcèlement et conduisent à des dérives inappropriées. Ainsi, que pensez-vous de ceci :

Le professeur de chant s’étonna que ses élèves le traînent devant la justice pour harcèlement sexuel. Pourtant, leurs témoignages unanimes étaient accablants : ce pervers ne cessait d’exiger qu’elles chantent avec leur diaphragme…

Comme quoi il faut bien réfléchir et se demander si un mot ne possède pas plusieurs significations.

Même si la préface est signée de mon nom, je me dois, en toute honnêteté, avouer qu’elle doit en grande partie à Anton, mon mentor en la matière, mon guide quant à la finalité de la rédaction.

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