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Extravagances

03.02.2021

Coup de cœur du moment !

Ma note de lecture sur le recueil «EXTRAVAGANCES» de Dominique Besnard (RIVIERE BLANCHE Hors-Série n°75, paru le 01/02/2021, couverture de Mandy et préface de Jean-Michel Rennesson)

Suivre Dominique Besnard sur Facebook est déjà tout un programme. Grâce à elle, nous visitons des vide-greniers à la découverte d’objets anciens surprenants et chargés de souvenirs, des bouquineries qui regorgent de trésors cachés, des coins de nature où s’abritent fleurs, plantes, petites bêtes que Dominique photographie et raconte à sa manière très personnelle. Elle nous entraîne aussi dans sa quête boulimique et passionnée des livres, quels qu’ils soient, dont elle nous parle avec des mots très justes. Et nous lisons de temps à autre une petite histoire inattendue, fantastique, amusante ou sérieuse… toujours émouvante et rédigée dans une belle écriture pleine de sensibilité qui sait emporter le lecteur au gré de tranches de vie ou d’imaginaire à partager avec un intense plaisir.

Ce ne sont pas des «grands moments de solitude» tels que nous en offrait il y a quelques années notre chère et si regrettée Gudule, avec l’autodérision, l’humour distancié et parfois grinçant qui la caractérisaient, mais de petites fenêtres ouvertes sur des univers étrangers qui, pourtant, nous semblent familiers dès que nous les abordons.
Ainsi en va-t-il pour la majorité des nouvelles courtes (souvent trop…) qui composent «Extravagances» et s’ancrent dans le quotidien, l’habituel, le routinier d’une réalité sous laquelle se dissimulent des perles, des joyaux de rêves cristallisés échappant à la perception ordinaire. Les objets ont une âme, les maisons, les fleurs, les animaux et les insectes aussi, tous peuvent s’exprimer à condition qu’on leur accorde la parole – et cela, Dominique sait le faire en rendant leur côté profond, touchant, à la faveur des messages qu’ils ont à nous délivrer pour peu que nous y soyons réceptifs.

Le merveilleux et le féérique sont au rendez-vous en ces pages à travers les rencontres de certains personnages capables de «voir l’invisible» avec des créatures envoûtantes, pleines de charme et de séduction, qu’ils devront savoir laisser libres ou ignorées du reste du monde s’ils veulent qu’elles restent durablement présentes à leurs côtés.
Fantastique discret, nuancé, qui dérange sans effets spéciaux appuyés mais grâce à de subtils «dérapages» hors du réel, surréalisme, humour sans méchanceté, un peu de science-fiction, tels sont les genres dont s’inspirent d’autres nouvelles de ce recueil.

L’ensemble, empreint d’une grande sensibilité et d’une sincère tendresse à l’égard de toutes celles et ceux qui sont «différents», se révèle résolument positif et optimiste à l’exception de trois textes «noirs» qui sont «Jour après jour», «Ils» et «James Bondy».

Mentions spéciales pour «N’a-qu’un-œil et Longues-Pattes» qui éveille l’écho des compagnons oubliés de notre enfance, bizarrement raconté par une araignée, «La transparente» dont nous avons tous rêvé un jour – et rêvons parfois encore –, «Chut !» qui est un chant d’amour aux esprits cachés de la nature, «Le vide-maison» où une vieille demeure fait ce qu’il faut pour éviter la disparition des souvenirs les plus précieux… Sans oublier ces clins d’œil à peine appuyés à la «collectionnite aiguë» que dévoilent «Les disques fantastiques» et «Achète-moi !».
Il y aurait à commenter sur chaque nouvelle de ce recueil dont plusieurs, c’est une évidence, pourraient être plus longuement développées tant leurs idées et leurs problématiques interpellent notre curiosité.
Et s’il faut finir par quelques comparaisons, ce sera pour citer les classiques «Mémoires de l’ombre» de Marcel Béalu, le texte qui donne son titre à «Herbes méchantes» de Franz Hellens, certaines nouvelles très courtes de Jacques Sternberg ou de Dino Buzzati.

Espérons que Dominique Besnard n’est pas «allée s’asseoir au pied de son chêne disparu» et qu’elle restera encore longtemps «présente au monde» pour nous proposer d’autres «collections» aussi variées, riches et profondes.
À souligner, avant de refermer cette note, le choix très inspiré de la fascinante couverture de Mandy et l’immense joie de lire, en prélude à la dégustation des «Extravagances», la vibrante préface signée par notre très éclectique ami Jean-Michel Rennesson.

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