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Les Gueules des Vers

12.08.2020

Les trous de vers, je connaissais. Du moins, j’en avais entendu parler dans les films de SF et notamment dans l’excellent Interstellar de Christopher Nolan. Les gueules de vers, en revanche, je ne connaissais pas, jusqu’à ce que je découvre le roman de JC Gapdy (Jean-Christophe Gapdy), paru chez Rivière Blanche.

Les gueules de vers, c’est le titre dudit roman, et leur comportement est pour le moins singulier. Et ça tombe bien, puisque les gueules de vers sont des singularités dans l’espace-temps. Autant le dire tout de suite, pour les pointilleux, ces gueules de vers fonctionnent comme des trous de vers, mais plus spécifiquement comme des trous de vers dits « de Lorentz », c’est-à-dire qu’on peut les passer dans les deux sens. On peut de fait retourner dans le passé comme vers le futur, selon le sens emprunté. Mais ce n’est pas tout, car ces gueules ont également le pouvoir de dupliquer les voyageurs audacieux de l’espace qui osent les traverser, autant que les univers. En d’autres termes, ces singularités sont non seulement des ponts temporels, mais aussi des créatrices d’univers parallèles. Et bien évidemment, quand les personnages du roman sont confrontés à leurs doubles plus jeunes ou plus âgés, se posent pour eux des problèmes d’identification sérieux qui pourraient confiner à la schizophrénie si leur mental n’était pas doté d’une IA ou d’une force de caractère suffisante leur permettant de surmonter ces difficultés psychiques.

La quatrième de couverture indique qu’« en juin 2126, Dick Hanson, fils de l’une des plus riches familles de SysSol, part en croisière vers Jupiter pour fêter ses quatorze ans. À son âge, il rêve d’aventures, mais surtout de s’affranchir de la surveillance d’Audrey, sa garde du corps personnelle. Il y parvient presque dans l’immense vaisseau qui les emporte... presque seulement, car ce dernier frôle les astéroïdes où les pirates spatiaux les arraisonnent. Pour protéger le garçon, Audrey n’a d’autre choix que de s’enfuir avec lui et son ami Jens, jeune mousse, dans une navette de secours. »

C’est là le point de départ d’une aventure folle que l’on suivra tout le long du récit à travers les témoignages des différents protagonistes : Dick, Audrey, Jens, mais aussi Yessica, Colorado ou bien encore Michaël... et que Jean-Christophe Gapdy nous décrit avec une précision d’orfèvre, avec force détails techniques ou scientifiques. Les amateurs de space opera comme de hard SF ne pourront qu’apprécier. On découvre surtout que l’auteur du roman a une véritable passion pour l’espace, pour l’aventure, et qu’il semble s’amuser « comme un ado » avec un imaginaire débridé quand il nous décrit les traversées de ces gueules de vers et leurs conséquences. Car, on le comprend bien, on ne traverse pas ces singularités sans y laisser des plumes, ou au contraire y gagner en force.

Sur le plan stylistique, Jean-Christophe Gapdy s’exprime dans un langage précis, agréable à lire. Le récit n’est pas toujours facile à suivre, car les situations sont complexes, et aussi parce que les détails techniques et les termes scientifiques ne sont pas des évidences pour tous, mais rien de vraiment dérangeant. Au plan scientifique, on notera que la relativité générale ou la mécanique quantique sont quelque peu dépassées par de nouvelles théories qui les complètent en ce qu’elles doivent en quelque sorte s’adapter aux comportements inattendus de ces étranges singularités. En effet, ces gueules de vers ne sont pas que de simples objets physiques sans âme que l’on pourrait décrire avec les équations de la physique relativiste. Elles semblent au contraire adopter un comportement intelligent et qui peut s’avérer délétère, d’un certain point de vue. Autrement dit, ces gueules ont quelque chose de monstrueux. Mais bon, je n’en dirai pas plus, car il faut que le lecteur découvre ce récit bien construit, précis et où l’action ne faiblit jamais. Les amateurs de SF devraient y trouver largement leur compte.

Dumè Antoni

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