Charybde 27 > Le dieu était dans la lune – Gont et Labette 1

Le dieu était dans la lune

06.07.2017

Le début des aventures spatiales farceuses et endiablées d’un humain et de son amie… indescriptible.

Dès les premières lignes du premier volume des aventures spatiales de Gont et Labette, publié en 2011 chez Rivière Blanche, le ton est donné, résolument. Entre hommage et pastiche, Hervé Thiellement mobilise par vaisseaux entiers, avec une joie rapidement communicative, l’ensemble des éléments accumulés par la science-fiction (version space opera) du dit « âge d’or » (1930-1950), celle qui continue à nourrir bon an mal an des générations entières d’adolescents (quel que soit leur âge réel affiché au compteur), à partir des folles chevauchées supra-luminiques imaginées par E.E. « Doc » Smith, Edmond Hamilton, Catherine L. Moore, Leigh Brackett, A.E. Van Vogt ou Isaac Asimov (plusieurs d’entre eux sont mentionnés et remerciés en introduction), par exemple. C’est aussi l’ensemble de cet imaginaire qui propulse les grands westerns spatiaux itinérants et largement archétypaux que sont, en BD, les épisodes successifs de « Valérian » (et Laureline, bien entendu) construits par Christin et Mézières (mais plutôt les premiers albums, avant le côté sombre et mélancolique introduit à partir de « Métro Châtelet direction Cassiopée » en 1980), ou, au cinéma, ceux de la saga « Star Wars » de George Lucas (tout particulièrement de l’épisode désormais numéroté 4) : des univers en folie, dirait sans doute Fredric Brown, dans lesquels toutes sortes d’extra-terrestres, de savants déplumés et d’aventuriers gouailleurs se côtoient dans des laboratoires improbables ou des tavernes soigneusement enfumées, avec un détour libertin et libéré du côté de « Barbarella », faut-il le préciser (et l’on songera donc inévitablement au Léo Henry de « Rouge gueule de bois » et du « Casse du continuum »).

Entre les déluges d’humour pince-sans-rire et d’humour franchement et joliment potache, les innombrables allusions et la jubilation permanente dans l’invention de noms, de sonorités et de calembours (les célèbres moukraines à la glaviouse du Zeitoun d’ « Objectif Nul » ne sont parfois pas très loin), cette science-fiction parodique et débridée pourrait chez d’autres auteurs engendrer une certaine lassitude à la lecture : ce n’est pas du tout le cas chez Hervé Thiellement, chaleureusement recommandé par l’amie Catherine Dufour – qui sait bien quelles sont plutôt mes habituelles tasses de thé en la matière -, tant son art bien particulier de distiller dans l’allégresse nos mythes d’éternels adolescents ne l’empêche aucunement de compléter la recette par de judicieux soupçons libertaires et joyeusement pirates, d’autant plus savoureux qu’ils semblent se glisser habilement dans tous les interstices laissés libres par l’aventure et la farce cataclysmique, et les vagabonds des limbes rassemblés dans cette première aventure autour de Gont et de son amie surpuissante Labette (dont je vous laisserai découvrir toutes les imposantes caractéristiques) ont ainsi tout pour nous plaire et nous distraire, sous le signe de la « sf de papa » qu’évoque l’auteur dans sa dédicace à son fils Pacôme.

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